Notre intervention sur cette ancienne ferme wallonne s’ouvre par une démolition sélective. Elle élimine les annexes précaires et les équipements agricoles qui brouillaient la lisibilité du bâti principal. Cette démolition n’est pas une fin : elle nous permet de retrouver la logique originelle, d’en lire les articulations et de poser un regard neuf sur ses qualités.


Après la démolition vient le travail de la structure. Nous concevons les planchers bas en béton pour répondre aux contraintes hydrauliques du site, tout en renforçant les murs en moellons. Un sablage soigneux dévoile alors la diversité des pierres et la texture authentique du matériau, rappelant l’ancrage du bâtiment dans son territoire.

La charpente est l’étape décisive. En ouvrant les combles, nous constatons que l’état des grandes fermes est plus dégradé qu’anticipé. Plutôt qu’une consolidation hasardeuse, nous choisissons un démontage minutieux. Elles sont remplacées par deux fermes en lamellé-collé, préfabriquées et posées par le charpentier. Ce contraste entre la pierre brute et le bois industrialisé ajoute une strate de lecture au projet, un dialogue entre les époques. Parallèlement, nous retravaillons les fermes de petite portée pour libérer les combles et les adapter à leur futur usage d’espaces de nuit.


Si la structure et la toiture redonnent sa coque au bâtiment, c’est au moment de la percée des baies et de la mise en place des parois en ossature bois que le projet bascule. Le bâtiment cesse d’être une ferme évidée pour s’ouvrir à sa fonction d’habitation. Ces nouvelles ouvertures dessinent un espace domestique et relient l’intérieur au paysage.


Notre rôle, tout au long du processus, fut d’accompagner la matière existante plutôt que de la contraindre. En confrontant nos intentions aux réalités du bâti, nous avons tenté de trouver un équilibre : rendre le lieu habitable sans en gommer les aspérités, et l’inscrire dans la durée, humblement.